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Journées d'etudes :
Réseau sur les mobilités euro-marocaines :
E
D I T O R I A L
Ce quil
est dorénavant convenu de désigner comme la "globalisation"
ou comme la "mondialisation" est en voie de bouleverser
les conditions de circulation des idées et des biens : GATT,
OMC, accords de libre-échange régionaux, concentrations
financières et industrielles, expansion sans précédent
des communications électroniques sont en train de faire advenir,
non sans soubresauts, le marché planétaire, voire
une "nouvelle économie" dont les règles
du jeu sont en train de se mettre en place. Paradoxalement, à
cette libéralisation sans précédent des échanges
semble devoir correspondre la mise en place de restrictions, également
sans précédent, à la circulation de limmense
majorité de celles et ceux qui nont pas eu la chance
de naître dans les sociétés du Nord industrialisé.
La région euro-méditerranéenne constitue une
illustration emblématique de ce processus : dune part,
les différents accords de libre-échange signés
entre lUnion européenne et les pays du sud et de lest
de la Méditerranée devraient déboucher, à
terme, sur la constitution dune vaste zone de libre circulation
des marchandises et des capitaux, à quoi ces pays sont invités
à se préparer à marche forcée ; de lautre,
la "forteresse Schengen" tend de plus en plus, sinon à
se refermer, du moins à gérer laccès
aux territoires des Etats membres du point de vue de la prévention
du "risque migratoire", avec le double effet de rendre
plus difficile, voire impossible un tel accès à de
très large secteurs des sociétés du sud et
de multiplier les filières de passage clandestin.
Les sciences
sociales et les différents acteurs et instances concernés
par la gestion des mobilités humaines dans notre région
sont aujourdhui confrontés à un double défi
:
La diversification des formes et des enjeux de la mobilité,
qui incite à sortir du paradigme de lémigration/immigration
pour tenter de saisir dun même mouvement lensemble
de ses formes et surtout ce que lon pourrait désigner
comme leur "transitivité", cest-à-dire
le fait, pour les enjeux qui sy engagent, dêtre
déclinés dans le sens de l "aller"
comme dans celui du "retour" : tourisme, déplacements
dhommes daffaires ou de commerçants (y compris
"informels"), étudiants, réfugiés,
anciens combattants...
La reconfiguration
des espaces de mobilité : les avancées de la construction
européenne, avec leffacement des frontières
intérieures de la Communauté (accords de Schengen)
et la montée en puissance des régions, dune
part, la construction dun espace euro-méditerranéen
avec la signature daccords de partenariat entre la Communauté
et les Etats du Maghreb et la création prochaine dune
zone de libre-échange, dautre part, ont et auront
de plus en plus pour effet de reconfigurer les espaces ouverts
aux mobilités humaines, mettant la recherche au défi
didentifier de nouvelles échelles pour la prise en
charge cognitive de ces phénomènes.
Cest
dans un tel contexte et avec ce type de préoccupations que
le CESHS de Rabat, lUFR "Développement et aménagement
régional" de lUniversité Mohammed V de
Rabat, le TEIM de lUniversité Autonome de Madrid, le
Colectivo IOE et le laboratoire MIGRINTER de lUniversité
de Poitiers, en collaboration avec la Fondation Hassan II pour les
Marocains Résidant à lEtranger, ont pris linitiative
de proposer aux universitaires et chercheurs concernés, de
part et dautre de la Méditerranée, de même
quaux autres acteurs parties prenantes, à un titre
ou à un autre, à la gestion de ces flux, la constitution
dun réseau susceptible de fédérer les
démarches entreprises jusquà présent
en ordre dispersé pour rendre compte de ce que nous avons
désigné comme "les mobilités transnationales
en Méditerranée occidentale" et que nous proposons
dorénavant de désigner comme "les mobilités
euro-marocaines". Par "mobilités" nous entendons
:
toute forme de déplacement engageant le passage dune
frontière internationale, dans un sens ou dans lautre,
en prenant en compte ses différents moments et ses différentes
modalités : départ, trajet, séjour, retour/non
retour ;
les stratégies, individuelles ou collectives, dans lesquelles
ces mobilités sont engagées, elles aussi saisies
aux différents moments de leur mise en uvre en même
temps que du point de vue des compétences et des ressources
quelles mobilisent ou quelles permettent de dégager
;
les
flux de ressources matérielles et symboliques engagés
dans ces déplacements, soit quils les rendent possibles,
quils les accompagnent, soit à linverse quils
soient générés par les situations de mobilité
elles-mêmes - flux financiers, marchandises, diplômes,
prestige...
ce que lon pourrait appeler les mobilités "virtuelles
" (médiatisées ou non), à savoir celles
des images, des idées, des informations, des mémoires
collectives, des valeurs culturelles, cultuelles...
ce que
lon pourrait désigner comme "lenvironnement
sociétal " des mobilités humaines, encore une
fois au départ, en chemin et à larrivée
- dans les deux sens -, cest-à-dire tout à
la fois les façons dont sorganise labsence
et sinscrit et se négocie la présence.
La dimension
marocaine de ces mobilités signifie que nous nous intéressons
à toutes les formes de déplacement, quelle quen
soit la durée, au départ ou à destination du
Maroc, en même temps quaux mode de séjour ou
dinstallation des ressortissants marocains (ou binationaux)
dans les sociétés du nord de la Méditerranée
ainsi quà la façon dont ils font retour, provisoire
ou définitif, au Maroc. En létat actuel, le
réseau regroupe des partenaires espagnols, marocains et français
mais il a vocation à sétendre en direction des
différents pays accueillant des communautés marocaines
importantes -Belgique, Hollande, Allemagne, Italie - ou autres pays
avec lesquels on enregistre des flux significatifs.
Sur ces bases,
le réseau "Mobilités euro-marocaines " sassigne
trois objectifs complémentaires :
mettre en place une base documentaire sur les mobilités
marocaines, disponible à partir dun site web hébergé
par la Fondation Hassan II pour les MRE et visant à rassembler
lensemble du savoir disponible sur la question à
lusage des différentes parties concernées
et alimenté par elles. En létat actuel de
notre réflexion, cette base documentaire, qui devrait avoir
une dimension rétrospective, pourrait sarticuler
autour de quatre grandes entrées :
1)
lencadrement juridique des mobilités (visas, séjour,
travail, transferts de biens...) ;
2)
la mise en représentation scientifique des mobilités
;
3) les "débats de société "
suscités par les différents aspects des mobilités
;
4) ce que lon pourrait désigner comme la
production d "auto-images " (romans, relations
de voyage, cinéma, chanson...) de ces mobilités
;
contribuer
à lanimation de la recherche en proposant aux membres
du réseau un programme dactivités de type
séminaires, journées détude, tables
rondes, ou en relayant les activités de ceux-ci ;
constituer
un forum ouvert aux différentes parties prenantes aux débats
suscités par les mobilités : chercheurs, leaders
dopinion, associations de Marocains à létranger...
Il ne fait pas
de doute dans notre esprit que la constitution dun tel réseau
correspond à un besoin urgent de mise en cohérence
des initiatives de recherche dont font lobjet les mobilités
marocaines et de regroupement des informations disponibles sur ces
mobilités. En tout état de cause, ce réseau
sera ce que nous en ferons et ses différents utilisateurs
y trouveront dabord ce quils auront commencé
par y apporter.
Mohammed
BERRIANE
Bernabé LOPEZ-GARCIA
Emmanuel
MA MUNG
Alain ROUSSILLON

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