Au début du 16ème siècle, le Maroc connut
une faiblesse totale du pouvoir central et une incapacité
à assurer l’unification du pays. Les attaques des
portugais et des espagnols qui ont asphyxié l’économie
maghrébine en contournant les voies de commerce transsaharien
par la création de comptoirs de commerce sur toute la côte
africaine, redoublèrent d’ardeur. L’Est maghrébin
fit appel à la puissance ottomane pour le soutenir. Au
Maroc, l’autodéfense s’organisa autour des
Marabouts et favorisa l’arrivée des Saadiyines qui
organisèrent le Jihad face aux portugais.
Les Saadiyines sont descendants du Prophète (pbsl). Ils
sont arrivés au Maroc au 14ème siècle et
se sont établis dans le Sous. Sollicités par la
population locale, ils ont pris la tête de l’action
de résistance pour chasser les portugais du fort de Santa
Cruz (région d’Agadir) sous le commandement de Mohammed
Al Kaïm en 916 Hr/1510. Ensuite les Saadiyines progressèrent
le long de la côte atlantique et chassèrent les Portugais
de Safi, de Mazagan (El Jadida) et d’Azemmour. Le pouvoir
chancelant des Wattasiyines permit à la nouvelle dynastie
de s’établir, d’unifier le pays sous le règne
de Mohammed Cheikh et de le préserver des convoitises Turques
d’un côté et ibériques de l’autre.
En effet les Portugais vont profiter de la discorde naquit entre
les deux prétendants au trône : Abdelmalek et Mohamed
Moutaoukil, après le décès de Abdellah Al
Ghalib, pour s’allier au second et organiser une grande
expédition militaire contre le Maroc sous le commandement
effectif du Roi du Portugal Don Sébastien. L’expédition
a été armée et financée par plusieurs
puissances européennes et par l’Eglise. Au Maroc,
la nouvelle était largement suffisante pour serrer les
rangs autour du roi Abdelmalek en vue de chasser l’intrus.
Les deux armées se sont affrontées le 4 août
1578 sur Ouad Al Makhazin affluant de Ouad Loukos au Sud-Est de
Larche. L’armée portugaise est défaite, les
rois Don Sébastien et Al Moutaouakil trouvèrent
la mort noyés dans la rivière. Le Roi marocain,
arrivé sur le site déjà très malade,
mourut avant la fin de la bataille. Il ne vit pas la victoire.
Cette épopée connue sous le nom de la bataille des
Trois Rois mit fin aux visées portugaises sur le Maroc
et rétablit son image de puissance et de solidité
aux yeux des Etats européens et de la Turquie.
La stabilité retrouvée, l’intégrité
territoriale recouverte, le Maroc reprend son activité
normale qui était fécondée et raffinée
par les sciences et techniques introduites par les musulmans andalous
qui ont trouvé refuge au Maroc après la chute de
Grenade. La culture, la musique, les sciences telles que la médecine,
les mathématiques, la chimie et la physique prenaient une
place prépondérante dans les écoles, en ville
comme en campagne. L’économie reprenait son souffle,
le commerce extérieur, aussi bien maritime que transsaharien,
redevenait florissant.
Sur le plan architectural, les Saadiens ont porté l’art
maroco-andalou à un niveau de finesse inégalé,
comme l’atteste à ce jour Kasr El Badii et les tombeaux
des Saadiens à Marakech. Leur règne vit aussi la
fondation de nouvelles villes telles que : Tétouan et Chefchaoun,
l’agrandissement d’autres villes : Azemmour, Essaouira,
Agadir, Taroudant et la Kasba des Oudayas ainsi que la construction
de nombreuses écoles et mosquées.
Mais encore une fois la discorde entre les héritiers du
trône aboutit à la dislocation du royaume et l’affaiblissement
du pays. A l’affût, les puissances étrangères
essayèrent de reprendre pieds sur la terre marocaine et
mirent le Maroc dans une situation de défensive et dans
une instabilité permanente.